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Zoé Konstantopoulou dévoile la réalité de la dette réclamée à la Grèce et appelle à poursuivre la résistance - Infos Direct News Politique Terrorisme Finance
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Publié par Mickael Zhekoo

Zoé Konstantopoulou dévoile la réalité de la dette réclamée à la Grèce et appelle à poursuivre la résistance

Des dettes qui noient les citoyen-ne-s et des gouvernements qui préfèrent sauver les banques ou le secteur immobilier au lieu de protéger les conditions de vie des citoyen-ne-s. Zoé Konstantopoulou et Eric Toussaint parlent du système dette au Forum Social organisé à Benicassim.

Dépenses, coupes budgétaires, augmentation de la dette, sauvetage des banques… C’est ce genre de mots qui semblent marquer le quotidien de nombreux pays. Quand le paiement d’une dette suppose que des droits élémentaires tels que la santé et l’éducation, entre autres, se voient cruellement sacrifiés pour payer une dette qui ne cesse d’augmenter. Mais qu’est-ce qui l’a engendrée ? Qui en bénéficie ? Y a-t-il des alternatives ? Des thèmes qui ont été abordés au cours du débat Face à la dettocratie, liberté et dignité, qu’a hébergé le Forum Social du festival de Reggae Rototom le vendredi 19 août 2016 à Benicassim en Espagne (voir l’annonce : http://www.cadtm.org/Dettes-illegit...).

Zoé Konstantopolou (ex-présidente du Parlement grec et fondatrice de la Commission pour la Vérité sur la dette publique grecque) et Eric Toussaint (porte-parole du réseau international du Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes et coordinateur scientifique de la Commission pour la Vérité sur la dette publique grecque) ont passé au scanner la manière dont les dettes illégitimes sacrifient les droits des citoyen-ne-s pendant que les banques sont sauvées devant un public de 200 personnes.

Eric Toussaint a montré que le système dette opprime les peuples tant au Sud qu’au Nord de la planète. Il a dénoncé les dettes privées illégitimes réclamées aux personnes privées : les dettes hypothécaires abusives dans des pays comme l’Espagne (plus de 300 000 familles ont été expulsées de leur logement par les banques en Espagne depuis 2010), l’Irlande ou les Etats-Unis, des dettes étudiantes oppressantes comme aux Etats-Unis (le volume de la dette étudiante dépasse 1000 milliards de dollars) ou au Royaume-Uni, des dettes usuraires du microcrédit au Maroc ou des dettes arbitraires réclamées au paysans indiens (dont plus 250 000 se sont suicidé en une quinzaine d’années pour tenter de libérer leur famille de la charge de la dette), les dettes des ouvriers des briqueteries au Pakistan. Ensuite, il a résumé le processus d’endettement des pays mal nommés « en développement » au cours des années 1960-1970 qui a ensuite abouti à la crise des années 1980. C’est à partir de ce moment que les politiques néolibérales se sont généralisés à l’échelle planétaire. Il a montré en quoi ces dettes étaient illégitimes. Il a défini ce qu’était des dettes illégitimes, illégales, odieuses et/ou insoutenables. Il a alors abordé les causes de l’endettement de la Grèce pour enfin arriver aux exemples de victoires partielles de l’Islande après 2008 et de l’Equateur en 2008-2009 contre leurs créanciers. En Islande sous la pression de la mobilisation populaire, le gouvernement islandais a refusé de rembourser des dettes illégitimes réclamées par le Royaume-Uni et par la Hollande. En Equateur, le gouvernement a organisé un audit en 2007-2008 auquel le CADTM a participé, il a suspendu le paiement d’une partie de la dette et imposer une défaite aux créanciers. Ces victoires, les grands médias n’en parlent jamais. Ainsi, ce qui est mis sous silence semble ne jamais avoir eu lieu. “L’augmentation de la dette espagnole a eu lieu lors du sauvetage du secteur immobilier et du secteur bancaire à partir de 2009-2010”, a décrété Toussaint, “une dette illégitime ne doit pas être payée, les gouvernements doivent résister face à ces créanciers”.

Zoé Konstantopoulou a fait un résumé complet de la situation en Grèce. Elle a déclaré « Le rapport de la commission pour la vérité sur la dette grecque dénonce une multitude de mensonges » qui ont été entretenus pour imposer les cures d’austérité à la population. On a pu établir à travers le travail de la Commission que les dirigeants du FMI considéraient dès mars 2010 (avant le premier mémorandum) que le FMI jugeait que la dette grecque était insoutenable. Afin de rendre le 1er mémorandum conforme aux règles du FMI, qui lui interdit de prêter de l’argent si la dette reste insoutenable après ce prêt, l’institution a changé en catimini ses règles. Le FMI reconnaît ainsi que l’argent débloqué, le fut pour sauver… les banques privées. De plus, une propagande dans les médias faisait entendre que les Grecs ont vécu au-dessus de leurs moyens. Or, la Commission a démontré que la Grèce maintenait des dépenses publiques en-dessous de la moyenne européenne, excepté le budget de l’armement, soumis à de fortes pressions extérieures de l’Allemagne, de la France et des Etats-Unis (les principaux fournisseurs d’armes) pour maintenir un niveau élevé d’achat d’armes.


« Les grecs n’ont pas profité des prêts accordés par la troïka »

La Commission a relevé plusieurs éléments prouvant les caractères odieux, illégitime, illégal et insoutenable de la dette grecque. Tout d’abord. Zoé Konstantopoulou a affirmé que ces memoranda (bail-out programs), faussement appelés « programmes de sauvetage », étaient destinés en premier lieu à offrir une échappatoire aux banques privées – principalement françaises, allemandes et grecques – qui détenaient des dizaines de milliards d’euros de titres de la dette grecque. Sur les deux premiers memoranda de 2010 et 2012, 46% de l’argent reçu a été destiné au remboursement de la dette, et 20% pour le sauvetage des banques grecques, auxquels s’ajoutent 14% de coûts liés à la restructuration de la dette de 2012.

Et afin de laisser le temps aux créanciers privés de réduire leur exposition à la dette grecque, la restructuration de la dette fut repoussée à 2012. Notons au passage, qu’en 2010, les directeurs exécutifs de la France et de l’Allemagne au FMI, qui plaidaient pour un prêt sans restructuration de dette, avaient promis que les banques privées françaises et allemandes ne revendraient pas titres grecs qu’elles détenaient. C’est tout le contraire qui s’est passé, puisque les banques privées se sont débarrassées de la dette grecque, détenue aujourd’hui essentiellement par des créanciers publics.


« Le rapport éclaire une multitude de mensonges »

Les mesures d’austérité ont entraîné un effondrement de l’économie grecque qui s’est contractée de 25% portant ainsi atteinte aux droits les plus élémentaires des citoyen-ne-s. Comme l’expose Zoé Kontantopoulou : « C’est une crise qui a abouti à un désespoir sans précèdent ». Le taux de chômage chez les jeunes a atteint 65%, 72% chez les jeunes femmes, provoquant une « fuite des cerveaux » de plus de 300.000 scientifiques. La moitié des enfants et des retraités vivent en-dessous du seuil officiel de la pauvreté. Ce démantèlement social est tout à fait minimisé par la propagande médiatique.

« Il faut désobéir avec la légitimité que donne l’appui du peuple ». La participation citoyenne doit être au cœur de l’audit de la dette. C’est pourquoi, les réunions de la Commission étaient ouvertes et diffusées publiquement via la chaîne parlementaire. L’audience était énorme !

En dépit de la qualité du travail de la Commission et de la sympathie populaire qu’elle obtenait, Alexis Tsipras, n’a jamais utilisé face aux créanciers les résultats de la Commission. Pourtant, il est certain que le recours aux travaux de la Commission aurait d’abord permis dans un premier temps de réaliser une suspension du paiement de la dette et d’introduire un rapport de force favorable à la Grèce. C’est uniquement une fois que ces mesures unilatérales d’autodéfense sont prises, que les créanciers deviennent alors demandeurs de négociations.


« Les grecs étaient des cobayes du laboratoire de l’austérité »

Zoé Kontantopoulou est revenue sur la victoire du « Non » lors du référendum du 5 juillet 2015 qui n’a pas empêché Alexis Tsipras de capituler. Alors que le peuple était prêt à continuer à se battre contre les créanciers, Tsipras a cédé sur toute la ligne et son gouvernement actuel applique des mesures inacceptables (voir http://www.cadtm.org/Grece-La-mort-sociale-des et http://www.cadtm.org/Le-triste-anniversaire-du-3e)

Zoé Konstantopoulou dévoile la réalité de la dette réclamée à la Grèce et appelle à poursuivre la résistance
Zoé Konstantopoulou dévoile la réalité de la dette réclamée à la Grèce et appelle à poursuivre la résistance
Auteur.e

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.