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politique du FMI crise Grèce : le rapport très embarrassant qui met en cause le FMI - Infos Direct News Politique Terrorisme Finance
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Publié par Mickael Zhekoo

La Grèce continue de se plier aux plans d'austérité conditionnés aux prêts du FMI et des promesses de restructuration de sa dette. Mais un rapport vient de semer le doute sur les réelles motivations du Fonds monétaire international. Et si les politiques de rigueur infligées à la Grèce depuis 2010 avaient surtout servi à protéger les banques allemandes et françaises ?

Il y eut les "erreurs de calcul" du FMI sur les effets des politiques d'austérité budgétaire (lire notre article "Quand le FMI avoue s'être trompé sur les effets de l'austérité"), et désormais, il y a l'embarrassant rapport de l'Office Indépendant d'Evaluation du Fonds monétaire international (OIE). L'institution financière a été pointée du doigt dans ses méthodes par de nombreux observateurs depuis des années, mais désormais ce sont ses intentions qui sont en cause avec ce rapport, particulièrement dans le cas de la Grèce.


La Grèce : un cas très préoccupant, puisque ce pays subit toujours un écroulement économique et social, depuis le début de la crise financière il y a 8 ans. Le FMI aurait-il imposé des mesures économiques drastiques alliées à des prêts colossaux, avant tout pour protéger les banques allemandes et françaises, plutôt que pour redresser l'économie de la Grèce ? C'est ce que le rapport de l'OIE laisse envisager.

Le rapport qui dérange le FMI

La nouvelle directrice du FMI, Christine Lagarde, continue de défendre la politique d'austérité sans restructuration de la dette grècque, comme son prédécesseur.

Grèce : chômage, récession et déflation

La déflation touche tous les secteurs en Grèce, et plus particulièrement l'habillement. Ici, un magasin du centre d'Athènes. (AP Photo/Petros Giannakouris)

Le FMI, la zone euro et l'austérité

Le rapport de l'OIE ne cache pas les raisons de sa critique envers les décisions du FMI qui sont causées, selon ses auteurs, au niveau de la zone euro par "des positions des équipes du FMI souvent trop proches des positions officielles des Européens, ce qui a fait perdre à cette structure l'efficacité liée à son rôle d'auditeur indépendant". C'est par ce constat d'une trop grande proximité entre les décideurs de la zone euro et le FMI, que les raisons des "arrangements" de 2010 sur les aides (sans restructuration de la dette) prennent tout leur sens : Dominique Strauss-Khan, refuse alors cette restructuration et passe outre les protocoles habituels de décisions, tandis que les décideurs européens insistent pour que de nouveaux prêts soient effectués au fur et à mesure des plans de sauvetage. Le but ? Protéger les banques françaises et allemandes très fortement exposées à la dette grecque, selon le quotidien économique La Tribune.

Depuis 2010, l’Etat grec n’a touché que 5 % des 220 milliards d’euros accordés au nom des plans de sauvetage. Les 95 % restant ont servi à recapitaliser les banques ainsi qu'à payer la dette et ses intérêts

Libération.fr, le 25 mai 2016 : "Un nouveau plan de sauvetage asséné à une Grèce assommée"

Ces mises en cause du FMI par l'OIE, devraient — si les responsables de l'eurozone les prennent en compte — orienter vers d'autres politiques économiques que celles imposées à la Grèce depuis 6 ans, et qui se sont révélées jusqu'alors désastreuses. L'OFCE (Obesrvatoire français des conjonctures économiques), dans un article de février 2016 (Pourquoi la Grèce ne parvient-elle pas à se désendetter ?), souligne ces "erreurs économiques" — particulièrement celles causées par les plans du FMI — et qui empêchent la Grèce de se relever :

"Il est donc clair que la forte hausse du ratio dette sur PIB depuis 2007 (et encore plus depuis 2010) n’est pas principalement le fait de l’irresponsabilité budgétaire du gouvernement grec, mais est d’abord le résultat d’une stratégie de consolidation erronée, fondée sur une logique d’austérité comptable et non pas sur un raisonnement macroéconomique cohérent."

Le secrétaire d'Etat américain au Trésor a rencontré le premier Ministre grec Alexis Tsipras ce 21 juin 2016 pour lui rappeler l'urgence à réformer son économie en échange des prêts de sauvetage. (AP Photo/Yorgos Karahalis)

Tout le problème, selon l'économiste de l'OFCE est donc de sortir des mesures demandées par le FMI :

"Un redémarrage de la croissance et de l’inflation sera nécessaire pour permettre un désendettement substantiel. Mais les nouvelles mesures d’austérité prévues dans le 3e plan d’ajustement risquent de provoquer un retour en récession, tandis que les contraintes de compétitivité-prix au sein de la zone euro empêchent d’envisager un réel redémarrage de l’inflation."

La Grèce est dans une situation catastrophique, et sa population paye au prix fort — depuis presque une décennie — les effets de la crise financière venue des Etats-Unis (lire par exemple notre article "'Grexit médical' : la crise sanitaire que l'Europe évite de regarder").

Avec le rapport de l'OIE, c'est une autre vision que celle qui prédominait — accusant l'immobilisme des différents gouvernements grecs, la corruption ou l'impossibilité de collecter les impôts correctement — qui voit le jour. Ce rapport décrit une toute autre histoire : celle d'un FMI contournant ses propres règles, en totale dépendance des institutions européenes, institutions prêtes à tout pour sauver leurs fleurons bancaires. Au point de faire régresser la Grèce de 15 ou 20 ans ? C'est une possibilité que le rapport de l'OIE soulève, et qui devrait — normalement — ouvrir un débat sur l'indépendance et les prérogatives du FMI dans la gestion de la crise des dettes au sein de l'Union européenne

par Pascal Hérard